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Menace sur les livres à Ougrée

lundi 27 juin 2016

La ville de Seraing va supprimer plusieurs des 8 bibliothèques communales au profit d’un grand centre culturel, en commençant par celle qui est située à proximité de la bibliothèque de rue d’ATD Quart Monde à Ougrée.
Cette décision a donné envie à Jacques Radoux, animateur de cette BDR, de réagir dans le journal local.

« A coup de livres, je franchirai tous ces murs »

Chaque mercredi de 14h à 16h, dans la plaine Biez du Moulin à Ougrée-Bas, j’anime une bibliothèque de rue d’ATD Quart Monde. C’est le plaisir de lire qui me passionne et les rencontres autour du livre, en plein air. Avec la conviction que la lecture – et plus largement la culture – est un moteur extraordinaire pour chacun, et pour notre démocratie.

La plaine de jeux du Biez du Moulin se prête à merveille à de nombreux rendez-vous, toujours imprévisibles, entre enfants, animateurs, parents, ados, habitants du quartier, cacas de chiens…

Cacas de chiens ? Eh oui ! Cet hiver, ce fut chaque fois un exploit pour ne pas souiller le tapis de sol. Alors, mercredi 13 janvier 2016, c’est la guerre. Et cric et crac, je sors une histoire de mon sac : « De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête ». D’autres livres suivent, tous appréciés et bien instructifs. Puis, certains enfants prennent des photos-témoins tandis que d’autres dessinent. Le résultat : un panneau accroché à la grille d’entrée la semaine suivante avec comme titre : « Où nous installer ? ».
Il y restera 2 mois !

La littérature de jeunesse, quel régal ! Et quelle force, ces albums, quand on prend la peine de les choisir avec soin ! Car il faut des œuvres de qualité pour les enfants pour qui le livre renvoie d’abord trop souvent à l’échec scolaire.
La preuve ? Mercredi 24 février : un garçon de 7 ans s’installe timidement sur les couvertures avec son père. Il s’empare de « La colère d’Arthur » et se met à le « lire » (il ne sait pas lire), avec une telle énergie que tous l’écoutent fascinés.

Les enfants ne s’y trompent pas : un livre de qualité répond à un besoin de création, de beauté, donne du sens à la vie, donne envie de prendre sa place.

A coup de partenariats aussi, nous les franchirons, « ces murs ». L’an passé, les enfants ont proposé pour notre chansonnier de la BDR plusieurs titres. Ce fut un coup… de foudre pour moi quand je découvris cette phrase, « A coup de livres… » dans la superbe chanson Envole-moi  reprise par la nouvelle génération J.J. Goldman. Pour franchir tous ces murs qui nous empêchent de vivre véritablement ensemble, beaucoup d’associations ou institutions du quartier et même au-delà, nous ont ouvert leur porte : le Télé-Service de Seraing et son Lavoir Conseils, le Courant d’Air à Bressoux, les Baladins du Miroir, le Centre Culturel Ourthe et Meuse d’Angleur, les jeunes du quartier du Laveu, la bibliothèque des Trixhes, récemment, la Coordination Ougrée-Bas et Biez du Moulin, rencontrée lors de notre festival des savoirs partagés.

Festival, mot magique. Nous avons besoin de fêtes pour tous. Le 6, 7 et 8 avril derniers, des artistes, des artisans, des personnes de tous horizons sont venus partager leur passion en animant des ateliers. 5 ateliers ont été tenus par des habitants du quartier (enfants, ados, parents). Je voudrais que chaque mercredi de BDR soit un mini festival : que la passion et le talent circulent sur les couvertures, ne fût-ce qu’un moment. Ce sont ces moments de partage, de vie ensemble, de rire, de danse, qui compostent le monde.

Grâce au Prix Versele de la Ligue des familles, j’introduis aussi le livre dans les écoles du quartier d’Ougrée-Bas. Avec la complicité des enseignants, je propose à tous les enfants de lire, pour le plaisir, 5 livres pendant un mois au bout duquel ils voteront pour leur préféré.

Avec le livre au cœur de notre projet, la bibliothèque de quartier des Trixhes et notre bibliothèque de rue collaborent tout naturellement. Je fais tout pour qu’un jour des enfants franchissent enfin tout seuls la porte de la bibliothèque du quartier. Porte grande ouverte pour nous quand il pleut. J’y trouve aussi, bien sûr, des livres, bien choisis. Et puis de l’information sur des tas de projets qu’elle lance ou qu’elle fait circuler.

A l’heure de la mondialisation naissante, il est vital, me semble-t-il, de construire un espace de vie à dimension humaine, où le vivre ensemble prendra tout son sens. Des lieux de proximité comme la bibliothèque des Trixhes créent et renforcent le tissu social si fragile et pourtant vital dans le quartier.

Car j’en suis convaincu : même animés des meilleures intentions, nous ne pourrons jamais combattre la misère sans faire appel à l’expérience de ceux qui lui résistent quotidiennement.

 

Jacques Radoux