La solidarité, c’est le thème qui nous a été soumis pour prendre la parole à l’occasion du 17 octobre au Grand-Duché de Luxembourg avec le groupe Jeunes de Belgique. Ce thème fait écho à la table de la solidarité, qui fêtait ses 20 ans le 17 octobre Cette table, située au milieu de la cour de l’Abbaye de Neumünster, reprend le texte de la dalle commémorative où est inscrit le message de Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement, en hommage aux hommes et aux femmes qui luttent au quotidien contre
la pauvreté : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré ». Le symbole de la table signifie la volonté de convier des personnes en situation de pauvreté à la vie sociale et culturelle.
Avec le groupe Jeunes de Belgique, nous nous sommes demandé à quoi nous faisait penser le mot « solidarité », à quels lieux ou à quelles personnes dans nos vies nous pouvions l’associer. Nous avons pensé aux banques alimentaires, aux personnes qui nous aident dans nos démarches ou qui parfois nous hébergent. On s’est surtout rendu compte qu’on voulait parler de la manière différente dont on construit la solidarité au sein du groupe Jeunes : en apprenant à se connaître, en s’écoutant, en vivant des moments où on se sent accueilli et accepté.
Devant une assemblée impressionnante d’une centaine de personnes du Mouvement ATD luxembourgeois, de la société civile et du monde politique, les jeunes ont courageusement lu le texte suivant :
« Nous sommes les jeunes de la Dynamique Jeunesse ATD Quart Monde de Belgique. On vient de Charleroi, La Louvière, Mons, Bruxelles, Dinant. On a entre 16 et 30 ans. Nous nous réunissons un samedi par mois pour partager nos expériences, nous soutenir les uns les autres, parler des injustices qu’on vit, et imaginer des solutions. À travers nos projets, nous cherchons à interpeller d’autres et inviter d’autres à nous rejoindre pour faire bouger les choses.
Nous sommes réunis parce que nous vivons tous et toutes des situations de précarité, des situations de pauvreté. Ensemble, on a appris que quand t’es jeune dans la précarité, on te met une étiquette, on te dénigre. On n’est pas pris au sérieux, on nous met de côté. On a appris que quand t’es jeune dans la précarité, t’as honte, tu te caches, tu te mets en retrait. T’avances pas. T’as peur du jugement. Être jeune dans la précarité, c’est ne pas être reconnu à notre plein potentiel, ne pas être reconnu à notre juste valeur.
Quand t’es jeune dans la précarité, on ne te laisse pas faire tes propres choix. Des fois, on a besoin de solidarité. On a besoin d’aide dans les démarches administratives, on a besoin de soutien moral, d’être hébergés, d’un coup de main, de liens et de conseils. Mais au groupe Jeunes, on apprend aussi à être solidaires d’autres manières.
Au groupe Jeunes, on commence toujours nos rencontres par un temps de nouvelles – voir si entre-temps, on n’a pas eu des nouveaux trucs, si quelqu’un ne va pas bien, il le dit. Ça sert aussi à se donner du soutien moral. Quand y a une personne qui dit qu’elle ne va pas bien, tout le monde la rassure. On a une conversation sur Messenger où on se donne aussi des nouvelles. « J’aime bien savoir comment les gens
avec qui je parle ils vont. Qu’on se retrouve pas tout au fond alors qu’on n’est pas tout seul. »
Sur ce groupe, on se donne des informations sur les prochaines activités et les prochaines sorties. On se souhaite nos anniversaires.
C’est important de montrer qu’on n’est pas tout seul et qu’on pense les uns aux autres. On est ensemble aussi dans la fête et dans les moments de joie. On essaye de casser le mur qui nous empêche de parler à d’autres personnes. Pour ça, on prend un moment en groupe pour se poser, se présenter si on se connaît pas. On partage des moments conviviaux et on essaye de faire en sorte que personne ne soit exclu, que tout le monde se sente à l’aise et trouve sa place.
Pour apprendre à se connaître, on fait des temps de chantier ensemble. Ça nous apprend à être soudés, à demander de l’aide et ça nous apprend à faire ensemble. On rend les endroits où on se retrouve un peu plus sympas, chaleureux, et ça nous donne de la fierté !
Pour pouvoir être solidaires, on doit pouvoir se connaître et être en confiance. Pour ça, on apprend à s’écouter. On écoute les personnes quand elles parlent et quand elles parlent de leur vie.
Ce qu’on fait au groupe Jeunes, c’est une expérience commune. Ça fait du bien au moral d’être ensemble. Ça fait du bien d’avoir des souvenirs ensemble, des photos ensemble. S’il y a une dispute, ça nous rappelle nos liens et que les disputes, c’est inutile.
On apprend aussi à penser aux autres et pas qu’à soi-même. Parce que tout le monde n’a pas la même vie. On apprend à reconnaître les difficultés des autres, mais aussi toutes leurs qualités. On ne juge pas un livre à sa couverture. Des fois, des gens viennent dans une mauvaise période. On essaye de les aider, de savoir ce qui se passe. Et des fois on laisse aux gens l’espace dont ils ont besoin. On sait que tout le monde vient avec des défis à lui et donc on est respectueux du combat de chacun. On essaye aussi d’être dans un combat commun. On lutte ensemble contre la pauvreté en dénonçant les injustices et
les discriminations qu’on vit. C’est aussi ça pour nous, la solidarité. On vous remercie de nous avoir invités et de nous avoir écoutés. »
