Depuis 2021, chaque premier mercredi du mois, les livres de la Bibliothèque de Rue organisée par ATD Quart Monde Jeunesse s’éparpillaient sur les couvertures, au cœur du quartier Bellevue — « La Praile » — à Tamines. Le 18 février 2026, pour la dernière fois, l’équipe a déplié les couvertures et dit au revoir. Comme on termine une belle histoire — avec gratitude, avec fierté, avec un peu de nostalgie aussi.
Un quartier, des couvertures, des livres et des enfants
La Bibliothèque de rue de Sambreville, c’était d’abord une présence. Celle d’une équipe de volontaires qui revenait, mois après mois, dans ce quartier de logements sociaux de la commune de Sambreville, en province de Namur ; pour être là, avec des livres, du temps et une attention sincère pour les enfants du quartier.
L’idée est simple et puissante : poser une couverture dehors, ouvrir un sac plein d’histoires et inviter les enfants à venir lire, choisir, feuilleter, écouter, créer. Et surtout, à prendre la parole — librement, sans peur du jugement, loin du cadre scolaire.
Des moments qui restent
Certaines séances ont laissé des traces profondes. Comme ce jour de novembre où les enfants ont été invités à imaginer qu’il ne restait qu’un seul livre dans le monde — et qu’ils devaient choisir lequel sauver, et quelle phrase garder. Maya a choisi un livre sur Rosa Parks, retenant cette phrase : « C’était une petite fille sage, mais fière, qui détestait l’injustice et l’hypocrisie. » Elle a confié aux animatrices qu’elle s’était reconnue dans ce personnage.
Il y a aussi eu le concert surprise avec Benjamin, allié d’ATD, et ses instruments insolites — kalimba, castagnettes — qui a fait sortir des voix timides et provoqué des fou-rires. Le Mastermind géant en plein air, les carnets cousus à la japonaise, le Land Art au bord du bois… Autant de petits moments où chaque enfant a trouvé sa place et ou le groupe a appris à vivre ensemble.
Et puis il y a Kays, qui osait à peine prendre la parole en 2024, et qui, peu à peu, a voulu montrer comme il lisait bien. Ou Thaïs, 13 ans, qui résume cinq ans en une phrase simple et bouleversante : « J’ai appris à lire. »
Un au revoir plein d’émotions
Ce 18 février, malgré le froid et le vent, ils étaient neuf enfants autour du tapis pour cette dernière séance. On a regardé les photos souvenirs ensemble, on a ri et on a pleuré un peu aussi.
Luna se souviendra du « concert de Grand Georges » et des animatrices. Louane gardera en mémoire les lectures et les visages de l’équipe. Ella remercie Abdel, Oriane et Marylise. Maya, elle, résume ce que la BdR lui a apporté avec une franchise désarmante : « Du bonheur, de la joie, des amis… et des rhumes. »
Abdel, le voisin fidèle qui venait en fin de chaque séance avec son légendaire thé à la menthe, était là lui aussi — parce que la Bibliothèque de rue, c’était aussi ça : un espace de rencontre pour des adultes d’un quartier isolé, où le simple fait d’être ensemble, de partager un verre chaud et quelques mots, compte autant que les livres.
Merci, Oriane, Marylise et Jean-Pierre
Derrière chaque BdR, il y a des chevilles ouvrières. À Sambreville, ce sont Oriane, Marylise et Jean-Pierre qui ont porté ce projet avec constance et amour, semaine après semaine, année après année.
Marylise confie : « Il y avait beaucoup de reconnaissance — c’était visible chez les enfants. La BdR m’a apporté le bonheur de partager de jolis moments. » Oriane, elle, voit les enfants qui ont grandi : « Je suis contente de voir que cette bibliothèque a porté ses fruits. Ils ont su tisser du lien entre eux et avec nous. » Et Jean-Pierre garde comme plus beau souvenir « de voir les enfants se retrouver avec nous les adultes et se confondre en une seule amitié. »
Merci à tous les enfants de La Praile qui ont partagé leurs histoires, leurs doutes et leurs rires sur ce tapis. Merci à Oriane, Marylise et Jean-Pierre pour cinq ans d’engagement discret et précieux. Et merci à Abdel pour le thé.




